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de Belle-Isle vient de Prague dans son camppour sonder ses dispositions, c’est encorefans détour qu’il lui apprend le changementde là politique : „ M. le Maréchal, lui dit-il„ en allant au-devant de lui, pensez à vous,„ ma partie est gagnée, & je fais ma paix.”Qu’on compare 'a cette forme de loyauté, ala fois spirituelle & guerrière, la conduitede tant de ministres qui se sont permis dedésavouer bassement des faits avérés, &C dedéshonorer, par des mensonges catégori-ques, & prononcés à la face de l’Europe, lenom de leurs maîtres.
Les délices de la paix, l’ivresse de la vi-ctoire, le prestige dé l’adulation qui les envi-ronne alors de toute part, sous les formes dela vérité &c de la gloire, voilà l’écueil ordi-naire de tous les rois conquérans; voilà lepiège auquel ils ne peuvent échapper, quandils rentrent au milieu de leur cour. C’est làen effet qu’on les attend, & qu’on veille tou-jours pour les corrompre. Plus ils se sontmontrés forts, plus on a d’intérét à les amol-lir. D’abord le commun des hommes aimemieux faire descendre un grand caractèrejusqu’àsoi, que de tâcher de s’élever jusqu’kUii. Ensuite comme les courtisans sont rare-ment ceux qui ont porté le poids des travaux,