84
ÉLOGE
I
Quelle confiance Frédéric ne marquoit-n- 'pas dans fa discipline & dans lui - méme, en iosant ainsi incorporer dans son armée, desrégimens entiers ennemis dont il ne chan-geoit que les drapeaux &C les chefs! Mais lessituations forcées mettent au-dessus des rè-gles d’une prudence vulgaire. Un souverainqui manquoit d’hommes, & dont l’arméeétoit si fort au-dessus de fa puissance, étoitobligé à d’autres ressources que s’il eûtgouverné une de ces belles monarchies quiprodiguent leur population, 6c qui trouventdans leur sein de quoi réparer leurs pertes,te principe de la constitution de son arméeétoit de n’étre pas nationale. Son père lelui avoir transmis; son père avoir formé àScralsund , un régiment de tous les prison-niers suédois qui avoient été faits h ce siègeou dans l’isle de Rugen. Frédéric, en dou-blant son armée, &c en ayant sans cesse lesannes à la main, étoit forcé de recourir àtoute espèce de moyens. Tout homme enétat de combattre, devenoit un soldat pourlui. Plus de la moitié de ce qui suìvoit safortune, étoit étranger. La Saxe qu’il avoirenvahie, la Bohême où il entroit passagère-ment, tous les pays de l’Empire où ses ar-mes pouvoientpénétrer, tous ceux où, par