188 INSTRUCTION POUR LA
de vivres nécessaires à chaque Place; mais à fixer l’Etat-Major, celui de Police, le nombre des Officiers, des Ingé-nieurs , Fentretien des Hôpitaux,la force des Garnisons, &généralement tout ce qui peut contribuer à leur défense.
Avant que d’entrer en matière, je crois à proposd’avertir que les Places de Guerre sont fermées de Rem-parts , & assujetties à certaines règles, qui font que tou-tes les parties s’entre-voient mutuellement. Ces partiessont de grosses masiès, dont la vertu git dans leur solidité& dans la disposition de leurs figures. La force qu’onleur prête, est plus ou moins grande, selon la bonté deleur Architecture, & selon le nombre & la capacité desTroupes auxquelles on en commet la défense.
C’est cet Art & la manière de s’en servir qui déci-dent de ce que valent les Fortifications , & dès qu’onignore l’un ou l’autre, la plupart des Places sûr lesquelleson compte pour la fureté de ce Roïaume, ne feront pasle quart de résistance, qu’on auroit lieu d’attendre si on sa-voir a fond ce qui leur convient & ce qui ne leur convientpas. Sans ce dégré de Science, il est impossible qu’el-les ne succombent, soit par un défaut, soit par un autre; &au lieu d’avoir la peine d’inventer des prétextes pour ex-cuser leur reddition , on en trouvera mille plausibles quila justifieront comme nécessaire.
Je puis dire avec vérité que je n’ai pas encore vû pous-ser la défense d’une Place jusques au point où elle pouvoisraisonnablement aller; il y a toujours je ne lais quel mo-tif qui autorise la conduite qu’on s’est cru en droit de te-nir. Je suppose qu’il y va quelquefois de la faute des Pla-ces, ou parce que leurs Fortifications sont mal ordon-nées, ou restées imparfaites, ou mal entretenues; maisaussi combien de fois n’arrive-t-il pas que leur perte n’ad’autre source que celle de Fimprudence & de la négli-gence?