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CHAPITRE IL — ART. XIII.
Frédéric pour les soldats, qui procura à cegrand roi une armée capable d’exécutertoutes ses entreprises.
Un gouvernement qui néglige son armée,sous quelque prétexte que ce soit, est doncun gouvernement coupable aux yeux de lapostérité, puisqu’il prépare des humilia-tions à ses drapeaux et à son pays, au lieude leur préparer des succès en suivant unemarche contraire. Loin de nous la penséequ’un gouvernement doive tout sacrifier àl’armée! ce serait une absurdité. Mais elledoit faire l’objet constant de ses soins, et sile prince n’a pas lui-même une éducationmilitaire, il est difficile qu’il atteigne le butqu’il doit se proposer. Dans ce cas, qui mal-heureusement n’arrive que trop souvent, ilfaut y suppléer par de sages et prévoyantesinstitutions, à la tête desquelles on placera,sans contredit, un bon système d’état-major, un bon système de recrutement etun bon système de réserves nationales.
Il existe à la vérité des formes de gou-vernement qui ne laissent pas toujours , auchef de l’État, la faculté d’adopter les meil-leurs systèmes : si les armées de la républi-que romaine et même celles de la républi-que française ont prouvé, aussi bien quecelles de Louis XIV et de Frédéric le Grand ,qu’une bonne organisation militaire et unesage direction des opérations pouvaientavoir lieu sous les gouvernements les plusopposés dans leurs principes, on ne sauraitméconnaître toutefois que, dans les mœursactuelles, les formes gouvernementales en-trent pour beaucoup dans le développementdes forces militaires d’une nation et dans lavaleur réelle de ses milices.
Lorsque le contrôle des deniers publicsse trouvera confié a des esprits domines pardes intérêts de localités ou de coteries , ilpourra devenir méticuleux et mesquin aupoint d’enlever tout le nerf de la guerre aupouvoir exécutif, que, par une aberrationinconcevable, bien des gens s’appliquent àtraiter comme un ennemi public, au lieu de
l’envisager comme le chef né de tous lesintérêts nationaux. De même l’abus des li-bertés publiques mal comprises pourra con-tribuer aussi à ce déplorable résultat. Dèslors l’administration la plus prévoyante setrouverait dans l’impossibilité de se préparerd’avance à une grande guerre , soit qu’ellefût commandée par les intérêts les plus évi-dents du pays dans un avenir plus éloigné,soit qu’elle devînt imminente pour résister àune aggression subite de la part d’ennemismieux préparés.
Dans le futile espoir de se rendre popu-laires à la masse des contribuables dont ilsreçoivent leur mandat, les députés d’unechambre élective, dont la majorité ne sau-rait être toujours composée de Richelieu ,de Pitt, de Louvoïs , ne pourraient-ils pasaussi laisser péricliter, par un système d’é-conomie malentendu, les institutions néces-saires pour constituer une armée vigou-reuse, nombreuse, bien dressée à toutes lesmanœuvres et fortement disciplinée? Al’aide des plus séduisantes utopies d’unephilanthropie outrée, ne pourraient-ils pasparvenir à se persuader eux-mêmes, et àpersuader ensuite à leurs commettants, queles douceurs de la paix sont toujours préfé-rables aux plus sages prévisions de guerreet de politique ?
A Dieu ne plaise que je prétende conseilleraux États de demeurer sans cesse l’épée aupoing et sur le pied complet de guerre ; ceserait un fléau pour le genre humain , et lachose ne serait même possible que sous desconditions qui ne se trouvent pas dans tousles pays : je veux dire seulement que lesgouvernements éclairés doivent être tou-jours prêts à bien faire la guerre d’à-pro-pos, tant par la sagesse de leurs institutionsque par la prévoyance de leur administra-tion, et la perfection de leur système depolitique militaire.
Si, dans les temps ordinaires, sous l’em-pire des formes légales et constitutionnelles,les gouvernements soumis à toutes les vicis-