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2 (1840) L' histoire de la guerre de sept ans en Allemagne : pendant les annés 1756 et suivantes / par de Jomini ; traduit de Lloyd
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CHAPITRE IL ART. XIII.

Frédéric pour les soldats, qui procura à cegrand roi une armée capable dexécutertoutes ses entreprises.

Un gouvernement qui néglige son armée,sous quelque prétexte que ce soit, est doncun gouvernement coupable aux yeux de lapostérité, puisquil prépare des humilia-tions à ses drapeaux et à son pays, au lieude leur préparer des succès en suivant unemarche contraire. Loin de nous la penséequun gouvernement doive tout sacrifier àlarmée! ce serait une absurdité. Mais elledoit faire lobjet constant de ses soins, et sile prince na pas lui-même une éducationmilitaire, il est difficile quil atteigne le butquil doit se proposer. Dans ce cas, qui mal-heureusement narrive que trop souvent, ilfaut y suppléer par de sages et prévoyantesinstitutions, à la tête desquelles on placera,sans contredit, un bon système détat-major, un bon système de recrutement etun bon système de réserves nationales.

Il existe à la vérité des formes de gou-vernement qui ne laissent pas toujours , auchef de lÉtat, la faculté dadopter les meil-leurs systèmes : si les armées de la républi-que romaine et même celles de la républi-que française ont prouvé, aussi bien quecelles de Louis XIV et de Frédéric le Grand ,quune bonne organisation militaire et unesage direction des opérations pouvaientavoir lieu sous les gouvernements les plusopposés dans leurs principes, on ne sauraitméconnaître toutefois que, dans les mœursactuelles, les formes gouvernementales en-trent pour beaucoup dans le développementdes forces militaires dune nation et dans lavaleur réelle de ses milices.

Lorsque le contrôle des deniers publicsse trouvera confié a des esprits domines pardes intérêts de localités ou de coteries , ilpourra devenir méticuleux et mesquin aupoint denlever tout le nerf de la guerre aupouvoir exécutif, que, par une aberrationinconcevable, bien des gens sappliquent àtraiter comme un ennemi public, au lieu de

lenvisager comme le chef de tous lesintérêts nationaux. De même labus des li-bertés publiques mal comprises pourra con-tribuer aussi à ce déplorable résultat. Dèslors ladministration la plus prévoyante setrouverait dans limpossibilité de se préparerdavance à une grande guerre , soit quellefût commandée par les intérêts les plus évi-dents du pays dans un avenir plus éloigné,soit quelle devînt imminente pour résister àune aggression subite de la part dennemismieux préparés.

Dans le futile espoir de se rendre popu-laires à la masse des contribuables dont ilsreçoivent leur mandat, les députés dunechambre élective, dont la majorité ne sau-rait être toujours composée de Richelieu ,de Pitt, de Louvoïs , ne pourraient-ils pasaussi laisser péricliter, par un système dé-conomie malentendu, les institutions néces-saires pour constituer une armée vigou-reuse, nombreuse, bien dressée à toutes lesmanœuvres et fortement disciplinée? Alaide des plus séduisantes utopies dunephilanthropie outrée, ne pourraient-ils pasparvenir à se persuader eux-mêmes, et àpersuader ensuite à leurs commettants, queles douceurs de la paix sont toujours préfé-rables aux plus sages prévisions de guerreet de politique ?

A Dieu ne plaise que je prétende conseilleraux États de demeurer sans cesse lépée aupoing et sur le pied complet de guerre ; ceserait un fléau pour le genre humain , et lachose ne serait même possible que sous desconditions qui ne se trouvent pas dans tousles pays : je veux dire seulement que lesgouvernements éclairés doivent être tou-jours prêts à bien faire la guerre dà-pro-pos, tant par la sagesse de leurs institutionsque par la prévoyance de leur administra-tion, et la perfection de leur système depolitique militaire.

Si, dans les temps ordinaires, sous lem-pire des formes légales et constitutionnelles,les gouvernements soumis à toutes les vicis-