CHAPITRE III. — ART. XXIII.
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fortes ni aussi sûres que celles de ses pro-pres frontières, peuvent néanmoins êtreconsidérées comme des bases passagères,une ligne de fleuve avec des têtes de ponts,avec une ou deux grandes villes à 1 abrid’un coup de main pour couvrir les grandsdépôts de l’armée et servir à la réunion destroupes de réserve, pourra être une excel-lente base de cette espèce.
Toutefois, il va sans dire qu’une pareilleligne ne saurait point servir de base passa-gère, si une force hostile se trouvait àproximité de la ligne d’opérations qui con-duirait de cette base supposée à la baseréelle des frontières. —Ainsi, Napoléon au-rait eu une bonne base réelle sur l’Elbe en1813, si l’Autriche était demeurée neutre;mais cette puissance s’étant déclarée contrelui, la ligne de l’Elbe étant prise à revers ,n’était plus qu’un pivot d’opérations très-bon pour favoriser une entreprise momen-tanée, mais dangereux à la longue si l’onvenait à y essuyer un échec notable.
Or, comme toute armée battue en paysennemi peut toujours être exposée à ce queson adversaire manœuvre de manière à lacouper de ses frontières si elle persistait àtenir dans le pays, il faut bien reconnaîtreque ces bases temporaires lointaines serontaussi plutôt des points d’appui instantanésque des bases réelles, et qu’elles rentrenten quelque sorte dans la catégorie des lignesde défense éventuelles.
Quoi qu’il en soit, on ne peut pas nonplus se flatter de trouver toujours, dans unecontrée envahie , des postes à l’abri d’in-sulte, propres à offrir des points convena-bles pour former une base même tempo-raire. Dans ce cas , on pourra y suppléerpar l’établissement d’une réserve, stratégi-que , invention tout à fait particulière ausystème moderne, et dont les avantagescomme les inconvénients méritent d’êtreexaminés.
Des réserves stratégiques.
Les réserves jouent un grand rôle dans lesguerres modernes; à peine en avait-onl’idée autrefois. Depuis le gouvernementqui prépare les réserves nationales, jusqu’auchef d’un peloton de tirailleurs, chacunaujourd’hui veut avoir sa réserve.
Outre les réserves nationales dont nousavons parlé dans le chapitre de la Politiquemilitaire, et qui ne se lèvent que dans lescas urgents, un gouvernement sage a soind’assurer de bonnes réserves pour complé-ter les armées actives ; c’est ensuite au gé-néral à savoir les disposer lorsqu’elles sontdans le rayon de son commandement. UnÉtat aura ses réserves, l’armée aura les sien-nes, chaque corps d’armée et même chaquedivision ou détachement, ne manquerontpas.non plus de s’en assurer une.
Les réserves d’une armée sont de deuxespèces : celles qui sont dans la ligne debataille, prêtes au combat ; celles qui sontdestinées à tenir l’armée au complet et qui,tout en s’organisant, peuvent occuper unpoint important du théâtre de la guerre, etservir même de réserves stratégiques. Sansdoute beaucoup de campagnes ont été en-treprises et menées à bonne fin, sans qu’onait songé à de pareilles réserves ; aussi, leurétablissement dépend-il, non-seulement del’étendue des moyens dont on peut disposer,mais encore de la nature des frontières, etde la distance qui sépare le front d’opéra-tions, ou le but objectif, de la base.
Toutefois, dès qu’on se décide à l’inva-sion d’une contrée , il est naturel qu’onsonge à la possibilité d’être rejeté sur ladéfensive ; or, l’établissement d’une réserveintermédiaire entre la base et le front d’opé-rations offre le même avantage que la ré-serve de l’armée active procurera un jourde bataille ; car elle peut voler sur les pointsimportants que l’ennemi menacerait, sanspour cela affaiblir l’armée agissante. A lavérité, la formation d’une telle réserve