LIVRE I.
333
hôpitaux, et l’on y plaça les blessés : là, entas-sés pêle-mêle, souvent sans paille, manquantd’alimens, attendant long-tems un premier pan-sement , ils gémissaient en proie à leurs dou-leurs. Ces cruelles privations, une chaleur ex-cessive, l’infection répandue par les cadavresqui gisaient autour de Smolensk , dans la ville,et j usque dans les maisons , donnèrent naissanceà une maladie épidémique qui, plus active en-core que les blessures, moissonna en peu detems un grand nombre de ces guerriers. Mais sile sort des blessés français fut si cruel, commentpeindre celui des blessés russes ? On ne put leurdonner aucun secours ; répandus dans les rues,les places publiques, les cours et les jardins, ilspérirent douloureusement de faim et de leursblessures. Quant aux malades, qui étaient entrès-grand nombre, l’entrée des hôpitaux leurfut interdite ; privés de secours, ils se traînaientà la suite de leurs régimens, jusqu’à ce qu’ils ex-pirassent sur la roule ou à quelque bivouac.Quel alfreux spectacle 1 quel cortège de la gloiredes conquérans!
Je terminerai ce premier livre par quelquesréflexions sur les operations de Napoléon et deBarklay dans les environs de Smolensk . Je blâ-merai d’abord la marche de Napoléon sur cette