LIVRE III. 455
et l’on ne put savoir qui avait occasions cettealerte.
Au point du jour, Napoléon partit pourOrsza ; il était à cheval, et portait son costumepolonais . A une lieue environ de Dubrowna,il mit pied à terre, fit former à l’infanteriede la vieille garde un carré, au milieu duquelil se plaça, et il la harangua en ces termes:« Grenadiers de ma garde, vous êtes témoins» de la désorganisation de l’armée; la plupart» des soldats, par une fatalité déplorable, ont» jeté leurs armes. Si vous imitiez ce funeste» exemple, tout espoir serait perdu. Le salut» de l’armée vous est confié ; vous justifierez» la bonne opinion que j’ai de vous. Il faut» non-seulement que les officiers maintiennent» une discipline sévère, mais que les soldats*> exercent entre eux une rigoureuse surveil-» lance , et punissent eux-mêmes ceux qui s’é-» carteraient de leurs rangs. » Napoléon pro-nonça ce discours d’une voix faible et malassurée , comme s’il eût été souffrant ; on re-marqua que, contre son habitude , il n’avaitfait aucune promesse, sans doute parce qu’iltrouva l’avenir assez effrayant pour qu’on pûtdifficilement y ajouter foi. Après cette courteharangue (18), il se remit en marche pour