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Tome I
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Oeuvres

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avantage que ce sont eux qui ont le plus contribuéà me préserver de i’altiere suffisance que l’on imputeà plusieurs de ceux qu’une forte d’érudition distinguedu vulgaire. J’ai cru que, puisque les connoiísanceshumaines étoientíî exposées à la rouille du préjugé,& si souvent en divorce avec les lumières de la con-science , & avec la probité ; c’étoit à faux que la vanité'littéraire les apprécioit au-delà de leur juste valeur.D’ailleurs m’étant quelquefois avisé de réfléchir surce que la vanité étoit en eile-mème, & à quoi elleétoit utile, j’observai qu’à tous égards , son effet natu-rel étoit de rendre odieux, ridicule & méprisable. Jepensai donc que ceux. qui ternilsoient leurs talentspar un sot orgueil, & qui en mème-tems aspiraientà l’estime du public, prenoient justement le contre-pied de ce que j’avois vu faire tant de fois auxanimaux de ma forêt, lesquels , pour arriver à leursfins, employoient toujours les moyens les plus propresà y parvenir. Ainsi en me précautionnant contre lesvertiges de la vanité, je n’ai fait par raison que ceque les animaux font par instinct, j’avoue que lessérieuses réflexions que j’ai faites depuis fur le tumulte& les embarras du siecle, fur l'affreux caractère duMachiavélisme & de la politique usuelle, sur lesfunestes effets de l’ambition , fur la multitude & laqualité des victipnes qu’on lui immole, fur les instantsde cette vie & fur l’éternité de l’autre, j’avoue, dis-je,que ces réflexions ont beaucoup contribué à me fairechérir la prudente obscurité où j’ai vécu , & à laquelleje dois la liberté & l’heureuse tranquillité dont j’aijoui jusqu’à présent.