ÏIO
Oeuvres
fus tenté de croire, que, par art magique, on avoit-tranfporté fur la fcene le cours d’un véritable fleuve;Pendant que j’étois occupé à contempler cette mer-*veille, j’apperçus, à quelque diífance des sept embou-chures du Nil , la pauvre Io que la barbare Eumé-nide tiroit des flots où le désespoir l’avoit précipitée.-Ses pas chancelants de foiblesse, la pâleur de sonvisage, & ses regards éperdus ne marquoient quetrop bien son abattement. Mais, pour mieux expri-mer l’excès de ses peines, je l’entendis conjurer Jupi-ter , d'une voix mourante & entrecoupée de soupirs,de lui accorder le trépas en lui adreflant ces paroles :
Terminez mes tpurments puijjant Maître du mon-de Ci
Alors toutes les passions qui ont quelque affinité avedla tendrefle & la pitié s’emparerent tumultuairement'de mon ame, & manquèrent d’en déranger les facul-tés. La colere me saisit avec tant de véhémence quej’aurois volontiers étranglé toutes les divinités per-sécutrices de l’innocence & de la beauté, fans mêmeen excepter le grand Jupiter contre lequel je fis milleimprécations tacites. Heureusement que jen’étois pasau parterre, car je crois en vérité que je n’aurois pum’empècher de sauter sur le théâtre pour assommerla furie, ou la rechaíser à grands coups de pied, jus-ques dans son séjour infernal. II est vrai que j’eusbientôt sujet de m’appaiser, car le volage fils de Sa-turne , ayant promis à íà chere moitié d’ètre défor-mais insensible aux attraits de la fille d’Inachus, non-