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Tome dixième
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344 DES DIFFERE N S GOUTS

un grand plaifir, et même un grand avantage pourun homme qui penfe , d’examiner tous ces poëmesépiques de différente nature, nés en des fiècles etdans des pays éloignés les uns des autres. Il mefemble qu’il y a une fatisfaction noble à regarderles portraits vivans de ces illuftres perfonnages,grecs , romains , italiens, anglais ; tous habillés ,fi je l’ofe dire, à la manière de leurs pays.

C’eft une entreprife au - delà de mes forces, quede prétendre les peindre : j’effayerai feulement decrayonner une efquiffe de leurs principaux traits :c’eft au lecteur à fuppléer aux défauts de ce deflin ;je ne ferai que propofer ; il doit juger ; et fôn juge-ment fera jufte , s’il lit avec impartialité, et s’iln’écoute ni les préjugés qu’il a reçus dans l’école,ni cet amour-propre mal-entendu qui nous faitméprifer tout ce qui n’eft pas dans nos mœurs. Ilverra la naiffance, le progrès, la décadence de l’art ;il le verra enfuite fortir comme de fes ruines ; ille fuivra dans tous fes changemens ; il diftinguerace qui eft beauté dans tous les temps et chez toutesles nations, d’avec ces beautés locales qu’on admiredans un pays et qu’on méprife dans un autre. Il n’irapoint demander à Arijlote ce qu’il doit penfer d’unauteur anglais ou portugais , ni à M. Perraultcomment il doit juger de l’Iliade ; il ne fe laifferapoint tyrannifer par Scaliger ni par le BoJJu ; mais iltirera fes règles de la nature et des exemples qu’ilaura devant les yeux, et il jugera entre les Dieuxd'Homère et le Dieu de Milton , entre Calypfo et Didon ,entre Armide et Eve.

Si les natibns de l’Europe, au lieu de fe méprifer