24
TROISIEME DISCOURS,
Convives dégoûtés, l’aliment le plus doux,
Aigri par votre bile , eft un poifon pour vous.
O vous qui de l’honneur entrez dans la carrière,Cette route à vous feul appartient-elle entière?
N'y pouvez-vous fouffrir les pas d’un concurrent?Voulez-vous reffembler à ces rois d’Orient,
Oui de l’Afie efclave oppreffeurs arbitraires,
Penfent ne bien régner qu’en étranglant leurs frères?
Lorfqu’aux jeux du théâtre, écueil de tant d’efpritsUne affiche nouvelle entraîne tout Paris ;
Quand Dufrefne {b) et Gaudin, d’une voix attendrie,,vont parler Orofinane, Alzire, Zénobie ,
Le fpectateur content, qu’un beau trait vient faifir,Laille couler des pleurs, enfans de fon plaifir;
Rutus dëfefpéré , que ce pîaifir outrage,
Pleure auffi dans un coin; mais fes pleurs font de rage.
lie bien, pauvre affligé, fi ce fragile honneur,
Si ce bonheur d’un autre a déchiré ton cœur,
Mets du moins à profit le chagrin qui t’anime:
Mérite un tel fuccès, compofe, efface, lime.
Le public applaudit aux vers du Glorieux •,
Eft-ce un affront pour toi? courage , écris, fais mieuxMais garde-toi fur-tout, fi tu crains les critiques,D’envoyer à Paris tes Aïeux chimériques: (c)
Ne fais plus grimacer tes odieux portraitsSous des crayons groffiers, pillés chez Rabelais .
Tôt ou tard on condamne un rimeur fatirique,Dont la moderne mufe emprunte un air gothique,
Et dans un vers forcé , que furcharge un vieux mot,Couvre fon peu d’efprit des phrafes de Marot. (d)
Ce jargon dans un conte eft encor fupportable ;
Mais le vrai veut un air, un ton plus refpectable.