2 $
DE L’ENVIE.
Si tu veux , faux dévot, féduire un fot lecteur,
Au miel d’un froid fermcn mêle un peu moins d’aigreur :Que ton jaloux orgueil parle un plus doux langage;
Singe de la vertu, mafque mieux ton vifage.
La gloire d’un rival s’obftine à t’outrager;
C’eft en le furpaffant que tu dois t’en venger.'
Erige un monument plus haut que fon trophée ;
Mais pour fiffler Rameau l’on doit être un Orphée :Qu’un petit monftre noir, peint de rouge et de blanc,
Se garde de railler ou Vénus ou Rohan : ( e )
On ne s’embellit point en blâmant fa rivale.
Qu’a fervi contre Bayle une infâme cabale?
Par le fougueux Jurieu (/) Bayle perfécutéSera des bons efprits à jamais refpecté ;
Et le nom de Jurieu , fon rival fanatique ,
N’eft aujourd’hui connu que par l’horreur publique.
Souvent dans fes chagrins un miférable auteurDefcend au rôle affreux de calomniateur.
Au lever de Séjan , chez Neltor , chez Narcifle,
Il diftille à longs traits fon abfurde malice.
Pour lui tout ell fcandale, et tout impiété.
Affurer que ce globe, en fa courfe emporté,
S’élève à l’équateur, en tournant fur lui-même,
C’eft un raffinement d’erreur et de blafphème.Malbranche eft Spinofifte, et Locke , en fes écrits,
Du poifon d’Epicure infecte les efprits.
Pope eft un fcélérat, de qui la plume impieOfe vanter de dieu la clémence infinie ,
Qui prétend follement , ô le mauvais chrétien !
Oue dieu nous aime tous, et qu’ici tout eft bien, (g;
Cent fois plus malheureux, et plus infâme encore,Eft ce fripier d’écrits, que l’intérêt dévore,