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Tome troisième
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LETTRE AU ROI DE PRUSSE. 12?

l’hypocrifie des uns et la fureur des autres? Nepeut-on pas remonter jufqu’àces anciens fcélérats ,fondateurs illuftres de la fuperftition et du fanatifme,qui les premiers ont pris le couteau fur l’autel, pourfaire des victimes de ceux qui réfutaient d’êtreleurs difciples ?

Ceux qui diront que les temps de ces crimes’font paffés, qu’on nè verra plus de Barcochcbas , deMahomet , de Jean de Leyde , etc. que les flammesdes guerres de religion font éteintes, font, ce mefemble , trop d’honneur à la nature humaine. Lemême poifon fubiifte encore , quoique moins déve-loppé : cette pefte , qui femble étouffée , reproduitde temps en temps des germes capables d’infecterla terre. N’a-t-on pas vu de nos jours les prophètesdes Cévènes tuer au nom de Dieu ceux de leurfecte qui n’étaient pas affez fournis?

L’action que j’ai peinte eft atroce ; et je nefais fi l’horreur a été plus loin fur aucun théâtre.C’eft un jeune homme né avec de la vertu, qui ,féduit par fon fanatifme , affaffine un vieillard quil’aime , et qui , dans l’idée de fervir Dieu , ferendcoupable, fans le favoir , d’un parricide ; c’efl unimpofteur qui ordonne ce meurtre, et qui prometà l’aiïaffin un incefte pour récompenfe. J’avoueque c’eft mettre l’horreur fur le théâtre ; et VotreMajesté eft bien perfuadée qu’il ne faut pas que latragédie confifte uniquement dans une déclarationd’amour, une jaloufie et un mariage.

Nos hiftoriens même nous apprennent des actionsplus atroces que celle que j’ai inventée. Séide ne faitpas du moins que celui qu’il aifaffme eft fon père ;