2 10
LE FANATISME.
MAHOMET en l’interrompant, et s’adrejfant au peuple.
Apprenez, infideiles,
A former contre moi des trames criminelles :
Aux vengeances des cieux reconnaift’ez mes droits.La nature et la mort ont entendu ma voix.
La mort qui m’obéit, qui, prenant ma défenfe,
Sur ce front pâliffant a tracé ma vengeance,
La mort eft à vos yeux, prête à fondre fur vous.Ainfi mes ennemis fendront mon courroux ;
Ainfi je punirai les erreurs infenfées,
Les révoltes du cœur, et les moindres penfées.
Si ce jour luit pour vous, ingrats, fi vous vivez,Rendez grâce au pontife, à qui vous le devez.Fuyez, courez au temple appaifer ma colère.
( le peuple fe retire. )
P A L M I R E revenant à elle.
Arrêtez. Le barbare empoifonna mon frère.
Mortftre, ainfi ton trépas t’aura jufdfié;
A force de forfaits tu t’es déifié.
Malheureux affaflin de ma famille entière ,
Ote-moi de tes mains ce refte de lumière.
O Frère! ô trille objet d’un amour plein d’horreurs!Que je te fuive au moins.
(elle fe jette fur le poignard de fon frère.')
M A H O M E T.
Qu’on l’arrête.
P A L M I R E.
Je meurs.
Je ceffe de te voir, impolleur exécrable.
Je me flatte, en mourant, qu’un dieu plus équitableRéferve un avenir pour les cœurs innocens.
Tu dois régner; le monde eft fait pour les tyrans.