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222 LETTRE
toute l’intrigue, et où le plus tendre intérêt naît dela vertu la plus pure.
LaFrance fe glorifie d’Athalie : c’eft le chef-d’œuvrede notre théâtre ; c’eft celui de la poéfie, c’eft de toutesles pièces qu’on joue la feule où l’amour ne foit pasintroduit ; mais auffi elle eft foutenue par la pompede la religion, et par cette majefté de l’éloquencedes prophètes. Vous n’avez point eu cette reffource,et cependant vous avez fourni cette longue carrièrede cinq actes, qui eft ft prodigieufement difficile àremplir fans épifodes.
J’avoue que votre fujet me paraît beaucoup plusintéreffant et plus tragique que celui d’Athalie ; etfinotre admirable Racine a mis plus d’art, de poéfie etde grandeur dans fon chef-d’œuvre, je ne doute pasque le vôtre n’ait fait couler beaucoup plus delarmes.
Le précepteur d 'Alexandre, ( et il faut de tels pré-cepteurs aux rois) Ariflote, cet efprit ii étendu, fijufte et fi éclairé dans les chofes qui étaient alors àla portée de l’efprit humain, Arijlote, dans fa poétiqueimmortelle,ne balance pas à dire que la reconnailfancede Mérope et de fon fils étaient le moment le plusintéreffant de toute la fcène grecque. Il donnait à cecoup de théâtre la préférence fur tous les autres.Plutarque dit que les Grecs , ce peuple fi fenfible ,frémiffaient de crainte que le vieillard, qui devaitarrêter le bras de Mérope , n’arrivât pas affez tôt.Cette pièce qu’on jouait de fon temps, et dont ilnous relie très-peu de fragmens, lui parai {fait la plustouchante de toutes les tragédies (VEuripide ; mais cen’était pas feulement le choix du fujet qui fit le grand