Band 
Tome troisième
JPEG-Download
 

*34

LETTRE

Les Anglais ont la coutume définir prefque tousleurs actes par une comparaifon; mais nous exigeons,dans une tragédie, que ce foit les héros qui parlent,et non le poète ; et notre public penfe que dans unegrande crife d’affaires , dans un confeil, dans unepaffion violente , dans un dangerpreffant, les prin-ces , les miniftres ne font point de comparaifonspoétiques.

Comment pourrais-je encore faire parler fouventenfemble des perfonnages fubalternes ? Ils ferventchez vous à préparer des fcènes intéreffantes entre lesprincipaux acteurs ; ce font les avenues d’un beaupalais : mais notre public impatient veut entrer toutd’un coup dans le palais. Il faut donc fe plier au goûtd’une nation , d’autant plus difficile qu’elle eft depuislong-temps raffafiée de chefs-d’œuvre.

Cependant , parmi tant de détails que notreextrême fé vérité réprouve, combien de beautés jeregrettais! combien me plaifait la fimple nature ,quoique fous une forme étrangère pour nous ! Jevous rends compte, Monfieur, d’une partie desraifons qui m’ont empêché de vous fuivre , en vousadmirant. ■

Je fus obligé, à regret, d’écrire une Mérope nou-velle : je l’ai donc faite différemment, mais je fuisbien loin de croire l’avoir mieux faite. Je me regardeavec vous comme un voyageur à qui un roi d’Orientaurait fait préfent des plus riches étoffes : ce roidevrait permettre que le voyageur s’en fît habiller àla mode de fon pays.

IVIa Mérope fut achevée au commencement de1736, à peu près telle qu’elle eftaujourd’hui.D’autres