326
DISSERTATION
de nos tragédies n’eft point notée et foutenue pardes flûtes; il a fans doute raifon : je nefaisfic’eftà notre dél'avantage. J’ignore fi la forme de nostragédies, plus rapprochée de la nature, ne vautpas celle des Grecs , qui avait un • appareil plusimpofant.
Si cet auteur veut dire qu’en général ce grand artn’eft pas aufîi confidéré depuis la renaiffance deslettres , qu’il l’était autrefois ; qu’il y a en Europe des nations qui ont quelquefois ufé d’ingratitudeenvers les fucceffeurs des Sophocles et des Euripides ;que nos théâtres ne font point de ces édifices fuperbesdans lefquels les Athéniens mettaient leur gloire;que nous ne prenons pas les mêmes foins qu’euxde ces fpectacles devenus finéceffaires dans nos villesimmenfes: on doit être entièrement de fon opinion.Et Japit , et mecum facit , et Jove judicat aqtio.
Où trouver un fpectacle qui nous donne une imagede la fcène grecque?c’eftpeut-être dans vos tragédies,nommées opéra, que cette image fubfifte. Quoi, medira-t-on, un opéra italien aurait quelque reffem-blance avec le théâtre d’Athènes ? oui. Le récitatifitalien eft précifément la mélopée des anciens ; c’eftcette déclamation notée et foutenue par des inftru-mens de mufique. Cette mélopée,qui n’eft ennuyeufeque dans vos mauvaifes tragédies-opéra, eft admi-rable dans vos bonnes pièces. Les chœurs que vousy avez ajoùtés depuis quelques années , et qui fontliés effentiellement au fujet, approchent d’autantplus des chœurs des anciens, qu’ils font exprimésavec une mufique différente du récitatif, comme laftrophe, l’épode et l’antiftrophe étaient chantés chez