SUR LA TRAGEDIE.
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fabuleux, parlèrent fouvent fur notre fcène, commeils auraient parlé dans l’ancienne Rome .
Je ne prétends pas que la fcène françaife l’aitemporté en tout fur celle des Grecs, et doive la faireoublier. Les inventeurs ont toujours la premièreplace dans la mémoire des hommes ; mais quelquerefpect qu’on ait pour ces premiers génies , cela n’em-pêche pas que ceux qui les ont fui vis ne faffentfouventbeaucoup plus de plaifir. On refpecte Homère ,mais on lit le Taffe ; on trouve dans lui beaucoupde beautés qu’ Homère n’a point connues. On admireSophocle i mais combien de nos bons auteurs tragiquesont-ils de traits de maître que Sophocle eût faitgloire d’imiter, s’il fût venu après eux? Les Grecsauraient appris de nos grands modernes à faire desexpreffions plus adroites, à lier lesfcènes les unes auxautres par cet art imperceptible qui ne laiffe jamaisle théâtre vide, et qui fait venir et fortir avec raifonles perfonnages. C’eft à quoi les anciens ont fouventmanqué, et c’eft en quoi le Trijjino les a malheureufe-ment imités. Je maintiens, par exemple, que Sophocle et Euripide euffentregardé lapremièrefcène deBajazetcomme une école où ils auraient profité, en voyantun vieux général d’armée annoncer, par les queftionsqu’il fait, qu’il médite une grande entreprife.
Que fefaient cependant nos braves janiflaires?
Rendent-iis au Sultan des hommages fmcères?
Dans le fecret des cœurs , Ofmin, n’as-tu rien lu?
Et le moment d’après :
Crois - tu qu’ils me fuivraient encore avec plaifir,
Et qu’ils reconnaîtraient la voix de leur vilir ?