332
DISSERTATION
fragiles. On dore, on vernit des cabinets, on négligela noble architecture ; enfin dans tous les genres , lespetits agrémens l’emportent fur le vrai mérite.
SECONDE PARTIE.
De la tragédie françaife comparée à la tragédiegrecque.
ÏÎeureusement la bonne et vraie tragédie paruten France avant que nous euffions ces opéra, quiauraient pu l’étouffer. Un auteur, nommé Mairet , futle premier qui, en imitant la Sophonisbe du Trijjïno ,introduifit la règle des trois unités que vous aviezprifes des Grecs. Peu à peu notre fcène s’épura etfe défit de l’indécence et de la barbarie qui déshono-raient alors tant de théâtres, et qui fervaient d’excufeà ceux dont la févérité peu éclairée condamnait tousles fpectacles.
Les acteurs ne parurent pas élevés, comme dansAthènes ,'fur des cothurnes qui étaient de véritableséchaffes ; leur vifage ne fut pas caché fous de grandsmafques, dans lefquels des tuyaux d’airain rendaientles fons de la voix plus frappans et plus terribles.Nous ne pûmes avoir la mélopée des Grecs. Nousnous réduifîmes à la fimple déclamation harmo-nieufe, ainfi que vous en aviez d’abord ufé. Enfinnos tragédies devinrent une imitation plus vraie dela nature. Nous fubftituâmes l’hiftoire à la fablegrecque. La politique , l’ambition, lajaloufie, lesfureurs de l’amour régnèrentfur nos théâtres. Augujle,Cinna, Ccfar, Cornélie , plus refpectables que des héros