SUR LA TRAGEDIE.
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„ Or il n’eft pas vraifemblable que des faits auffi,, grands que ceux de la tragédie foientabfolument,, inconnus; fi donc le poète invente tout le fujet,, jufqu’aux noms, lefpectateur fe révolte, tout lui,, paraît incroyable, et la pièce manque fon effet,, faute de vraifemblance.,,
Premièrement, il eft faux que les Grecs fe foientinterdit cette efpècede tragédie. Arîfiote ditexprefie-ment qu’Acjathon s’était rendu très-célèbre dans cegenre. Secondement, il eft faux que ces fujets neréuffiffent point; l’expérience du contraire dépofecontre le père Brumoy. En troifième lieu, la raifonqu’il donne du peu d’effet que ce genre de tragédiepeut faire, eft encore très-faulfe ; c’eft aflurément nepas connaître le cœur humain, que de penfer qu’onne peut le remuer par des fictions. En quatrièmelieu, un fujet de pure invention, et un fujet vrai, maisignoré, font abfolument la même chofe pour lesfpectateurs ; et comme notre fcène embraffe des fujetsde tous les temps et de tous les pays, il faudraitqu’un fpectateur allât confulter tous les livres avantqu’il fût fi ce qu’on lui repréfente eft fabuleux ouhiftorique. Il ne prend pas alfurément cette peine ;il fe laiiTe attendrir quand la pièce eft touchante, etil ne s’avife pas de dire, en voyant Polyeucte, je n’aijamais entendu parler de Séuèrc et de Pauline , cesgens-là ne doivent pas me toucher. Le père Brumoydevait feulement remarquer que les pièces de cegenre font beaucoup plus difficiles à faire que lesautres. Tout le caractère de Phèdre était déjà dansEuripide , fa déclaration d’amour dans Sénèque letragique, toute la fcène d’AuÿuJle et de Cinna dansThéâtre. Tom. III. Y