ACTE PREMIER,
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Enfin , fi leur juftice emportait la balance,
Si la mort de Minus excitait leur vengeance ,
D’où vient qu’Affur ici brave en paix leur courroux?Affur fut en effet plus coupable que vous ;
Sa main , qui prépara le breuvage homicide,
Ne tremble point pourtant, et rien ne l’intimide.
S E M I R A M I S.
Nos deftins, nos devoirs étaient trop différens;
Plus les nœuds font facrés, plus les crimes font grands.Tétais époufe, Otane, et je fuis fans excufe.;
Devant les dieux vengeurs mon défefpoir m’accufe.J’avais cru que ces dieux juftement offenfés ,
En m’arrachant mon fils , m’avaient punie affez;
Que tant d’heureux travaux rendaient mon diadème,Ainfi qu’au monde entier, refpectable au ciel même.Mais depuis quelques mois, ce fpectre furieuxVient affliger mon cœur, mon oreille, mes yeux.
Je me traîne à la tombe, où je ne puis defcendre. ;
J’y révère de loin cette fatale cendre ;
Je l’invoque en tremblant: desfons, des cris affreux,De longs gémiffemens répondent à mes vœux.
D’un grand événement je me vois avertie,
Et peut-être il eft temps que le crime s’expie.
OTANE.
Mais eft-il affuré que ce fpectre fatalSoit en effet forti du féjour infernal?
Souvent de fes erreurs notre ame eft obfédée; (1)
De fon ouvrage même elle eft intimidée,
Croit voir ce qu’elle craint, et dans l’horreur des nuits,Voit enfin les objets qu’elle - même a produits.