388
S E I I R A Jl I S,
A fon premier alpect tout mon cœur étonné,
Par un pouvoir fecret fe fentit entraîné ;
Je n’en pus affaiblir le charme inconcevable;
Le relie des mortels me fernbla méprifable.
Affur, qui m’obfervaiï, ne fut que trop jaloux;
Dès-lors le nom d’Arzace aigrilfait fon courroux.
Mais l’image d'ArZace occupa ma penfée,
Avant que de nos dieux la main ne l’eût tracée;
Avant que cette voix, qui commande à mon cœur,Me défignât Arzace, et nommât mon vainqueur.
O T a N E.
C’eft beaucoup appaifer ce fuperbe courage,
Qui des maîtres du Gange a dédaigné l’hommage ;Qui, n’écoutant jamais de faibles fentimens,
Veut des rois pour fujets, et non pas pour amans,Vous avez méprifé jufqu’à la beauté même,
Dont l’empire accroilfait votre empire fuprême :
Et vos yeux fur la terre exerqaient leur pouvoir,
Sans que vous daignaflîez vous en appercevoir.
‘Quoi! de l’amour enfin connaiffez-vous les charmes?Et pouvez - vous paffer de ces fombres alarmesAu tendre fentiment qui vous parle aujourd’hui?
S E M I R A M I S.
Non, ce n’eft point l’amour qui m’entraîne vers lui:Mon ame par les yeux ne peut être vaincue.
Ne crois pas qu’à ce point de mon rang defcendue,Ecoutant dans mon trouble un charme fuborneur,
Je donne à la beauté le prix de la valeur:
Je crois fentir du moins de plus nobles tendreffes.Malheureufe! eft-ce à moi d’éprouver des faiblelfes,De connaître l’amour et fes fatales lois !
Otane, que veux-tu; je fus mère autrefois.