E PITRE A MADAME
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grands génies d’Athènes , pourrait être bien reçueà Paris , où elle avait été fi négligée.
Vous étiez , Madame, auffi-bien que feue M me laprincelfe de Conti, à la tète de ceux qui fc flattaientde cette efpérance ; mais malheureufement lesdéfauts de la pièce françaife l’emportèrent fi fortfur les beautés qu’il avait empruntées de la Grèce ,que vous avouâtes à la repréfentation, que c’étaitune ftatue de Praxitèle , défigurée par un moderne.Vous eûtes le courage d’abandonner ce qui en effetn’était pas digne d’être foutenu, fachant très-bienque la faveur prodiguée aux mauvais ouvrages ,eft auffi contraire aux progrès de l’efprit, que ledéchaînement contre les bons. Mais la chute decette Electre fit en même temps grand tort auxpartifans de l’antiquité: on fe prévalut très-mal àpropos des défauts de la copie contre le mérite del’original ; et pour achever de corrompre le goût dela nation, on fe perfuada qu’il était impolïîble defoutenir, fans une intrigue amoureufe, et fans desaventures romanefques , ces fujets que les Grecsn’avaient jamais déshonorés par de tels épifodes ;on prétendit qu’on pouvait admirer les Grecs dansla lecture , mais qu’il était impoffible de les imiterfans être condamné par fon fiècle : étrange contra-diction ! car li en effet la lecture en plaît, commentla repréfentation en peut-elle déplaire?
Il ne faut pas, je l’avoue , s’attacher à imiter ceque les anciens avaient de défectueux et de faible.Il eft même très - vraifemblable que les défauts oùils tombèrent, furent relevés de leur temps. Je fuisperfuadé , Madame, que les bons efprits d’Athènes
condamnèrent,