f
*8 O R E S T E.
•Te rends grâce au deftin , dont la rigueur utileDe mon fécond époux rendit Phymen ftérile,
Et qui n’a pas formé dans ce funefte flanc ,
Un f.ing que j’aurais vu l’ennemi de mon fang.Peut-être que je touche aux bornes de ma vie;
Et les chagrins fecrets dont je fus pourfuivie ,
Dont toujours à vos yeux j’ai dérobé le cours,
Pourront précipiter le terme de mes jours.
Mes filles devant moi ne font point étrangères ;
Même en dépit d’Egifthe elles m’ont été chères :
Je n’ai point étouffé mes premiers fentimens;
Et malgré la fureur de fes emportemens,
Electre , dont l’enfance a confolé fa mèreDu fort d’Iphigénie , et des rigueurs d’un père,
Electre qui m’outrage, et qui brave mes lois ,
Dans le fond de mon cœur n’a point perdu fes droits.ELECTRE.
Qui ! vous, Madame , ô Ciel ! vous m’aimeriez encore ?Quoi, vous n’oubliez point ce fang qu’on déshonore?Ah, ft vous confervez des fentimens fi chers,
Obfervez cette tombe : et regardez mes fers.
Vous me faites frémir; votre efprit inflexibleSe plaît à m’accabler d’un fouvenir horrible :
Vous portez le poignard dans ce cœur agité,
Vous frappez une mère, et je l’ai mérité.
ELECTRE.
Hé bien, vous défarmez une fille éperdue.
La nature en mon cœur eft toujours entendue.
Ma mère, s’il le faut, je condamne à vos piedsCes reproches fanglans trop long-temps elfuyés.