ACTE PREMIER.
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Aux fers de mon tyran par vous-même livrée,D’Egifthe dans mon cœur .je vous ai féparée.
Ce fang que je vous dois ne faurait fe trahir ;
J’ai pleuré fur ma mère , et n’ai pu vous haïr.
Ah! fi le ciel enfin vous parle et vous éclaire,
S’il vous donne en fecret un remords falutaire,
Ne le repouffez pas: laiffez-vous pénétrerA la fecrète voix qui vous daigne infpirer.
Détachez vos deftins des deftins d’un perfide,Livrez-vous toute entière à ce dieu qui vous guide,Appelez votre fils ; qu’il revienne en ces lieuxReprendre de vos mains le rang de fes aïeux ;
Qu’il puniffe un tyran , qu’il règne , qu’il vous aime,Qu’il venge Agamemnon , fes filles et vous-même.Faites venir Orefte.
Ne parlez point d’Orefte , et craignez mon époux. 'J’ai plaint les fers honteux dont vous êtes chargée ;Mais d’un maître abfolu la puiffance outragéeNe pouvait épargner qui ne l’épargne pas :
Et vous l’avez forcé d’appefantir fon bras.
Moi-même qui me vois fa première fujette,
Moi qu’offenfa toujours votre plainte indifcrette,
Qui tant de fois pour vous ai voulu le fléchir,
Je l’irritais encore, au lieu de l'adoucir.
N’imputez qu’à vous feule un affront qui m’outrage,Pliez à votre état ce fuperbe courage ,
Apprenez d’une fœur comme il faut s’affliger,
Comme on cède au deftin , quand on veut le changer.Je voudrais dans le fein de ma famille entièreFinir un jour en paix ma fatale carrière.