ACTE SECOND.
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L’opprobre eft mon partage ; il convient à mon fort.J’ai fupporté la honte, et vu de près la mort.
Votre Egifthe cent fois m’en avait menacée;
Mais enfin c’eft par vous qu’elle m’eft annoncée.Cette mort à mes Cens infpire moins d’effroi,
Que les horribles vœux qu’on exige de moi.
Allez, de cet affront je vois trop bien la caufe;
Je vois quels nouveaux fers un lâche me propofe.
Vous n’avez plus de fils; fon affaiïin cruelCraint les droits de fes fœurs au trône paternel:
Il veut forcer mes mains à féconder fa rage,
Affurer à Pliftène un fanglant héritage,
Joindre un droit légitime aux droits des affaflins,
Et m’unir aux forfaits par les nœuds les plus faints.Ah! fi j’ai quelques droits, s’il eft vrai qu’il les craigne,Dans ce fang malheureux que fa main les éteigne ;
Qu’il achève à vos yeux de 'déchirer mon fein:
Et fi ce n’eft aflez , prêtez-lui votre main:
Frappez, joignez Electre à fon malheureux frère ;Frappez, dis-je: à vos coups je connaîtrai ma mère.
CLYTEMNESTKE.
Ingrate, c’en eft trop, et toute ma pitiéCède enfin dans mon cœur à ton inimitié.
Que n’ai-je point tenté? que pouyais-je plus faire,Pour fléchir, pour brifer ton cruel caractère?Tendrelfe, châtimens, retour de mes bontés,
Tes reproches fanglans fouvent même écoutés,Raifon, menace, amour, tout, jufqu’à la couronne,Où tu n’as d’autres droits que ceux que je te donne ;J’ai prié, j’ai puni, j’ai pardonné fans fruit:
Va , j’abandonne Electre au malheur qui la fuit :