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O R E S T E.
Va, je fuis Clytemneftre, et furtout je fuis reine.Le fang d’Agamemnon n’a de droits qu’à ma haine.C’eft trop flatter la tienne, et de ma faible mainCarelfer le ferpent qui déchire mon fein.
Pleure, tonne, gémis ; j’y fuis indifférente.
Je ne verrai dans toi qu’une efclave imprudente,Flottant entre la plainte et la témérité,
Sous la puiifante main de fon maître irrité.
Je t’aimai malgré toi; l’aveu m’en eft bien trifte :Je ne fuis plus pour toi que la femme d’Egifthe ;
Je ne fuis plus ta mère, et toi feule as rompuCes nœuds infortunés de ce cœur combattu ,
Ces nœuds qu’en frémiffant réclamait la nature,Que ma fille dételle, et qu’il faut que j’abjure.
SCENE VL
ELECTRE feule.
Ü T c’elt ma mère, ô Ciel! fut-il jamais pour moi,Depuis la mort d’un père , un jour plus plein d’effroi ?Hélas, j’en ai trop dit : ce cœur plein d’amertumeRépandait malgré lui le fiel qui le confume.
Je m’emporte, il eft vrai ; mais ne m’a-1-elle pasD’Orefte , en fes difeours, annoncé le trépas ?
On offre fa dépouille à fa fœur défolée !
De ces lieux tout fanglans la nature exilée ,
Et qui ne laiffe ici qu’un nom qui fait horreur,
Se renfermait pour lui toute entière en mon cœur.
S’il n’eft plus, fi ma mère à ce point m’a trahie,
A quoi bon ménager ma plus grande ennemie?
Pourquoi?