SUR LA TRAGEDIE D’ORESTE. 1 45
Mais quand Electre parle au tyran , fon caractèreinflexible eft tellement foutenu qu’elle ne fe démentpas même en demandant la grâce de fon frère :
Cruel, fi vous pouvez pardonner à mon frère,
(Je ne peux oublier le meurtre de mon père; )
Mais je pourrais du moins,«muette à votre afpect,
Me forcer au filence, et peut-être au refpect.
Je demande fi dans l’intrigue d 'Orejle, la plusAmple fans contredit qu’il y ait fur notre théâtre,il n’y a pas un heureux artifice à faire aborderOrejle dans fa propre patrie par une tempête, lejour même que le tyran infulte aux mânes de fonpère ? fi la rencontre du vieillard Pammène , et lafcène qu’ Orejle et Pylade ont avec lui, n’eft pasdans le goût le plus pur de l’antiquité, fans enêtre une copie ; et fi on peut la voir fans en êtreattendri? La dernière fcène du fécond acte, entreIphife et Electre , qui eft une très-belle imitationde Sophocle , produit tout l’effet qu’on en peutattendre.
L’expofition de la pièce à!Orejle me paraît auffipleine qu’on puiffe la fouhaiter. Le récit de la mortd’ Ayamemnon , dès la fécondé fcène, et que l’autéura imité d’Efchyle, mettrait feul au fait, avec ce quile précède, le fpectateur le moins inftruit. Electrepeut-elle, après ce récit, exprimer fon état d’unemanière plus précife et plus entière qu’elle le faitdans ces trois vers :
Je pleure Agamemnon , je tremble pour un frère ;
Mes mains portent les fers, et mes yeux, pleins de pleurs ,N’ont vu que des forfaits et des perfécuteurs.
Théâtre. Tum. IV. K