156 CONTRE LES DETRACTEURS
véritable fa van t qui n’ait été révolté de ces expref-fions ? Mon deffein n’eft que de faire voir, parl’exemple même de cet auteur moderne , auxdétracteurs de l’antiquité, qu’on ne peut, comme jel’ai déjà dit, s’écarter des anciens, dans les fujetsqu’ils ont traités, fans s’éloigner en même temps dela nature, foit dans la fable, foit dans les caractères,foit dans l’élocution. Le cœur ne penfe point par art ;et ces anciens, l’objet de leur mépris, ne confultaientque la nature. Ils puifaient dans cette fource de la-vérité la noblelfe , l’enthoufiafme, l’abondance etla pureté. Leurs adverfaires, en fuivant une routeoppofée , et en s’abandonnant aux écarts de leurimagination déréglée, ne rencontrent que balfeffe,que froideur, que ftérilité et que barbarie.
Je me bornerai ici à quelques queftions aux-quelles tout homme de bon fens peut aifément fairela réponfe.
Comment Electre peut-elle être chez M. deCre'billon plus à plaindre et plus touchante que dansSophocle , quand elle eft occupée d’un amour froidauquel perfonne ne s’intérelfe, qui neferten rien à lacataftrophe, qui dément fou caractère, qui de l’aveumême de l’auteur ne produit rien, qui jette enfinune efpèce de ridicule fur le perfonnage le plusterrible et le plus inflexible de l’antiquité , le moinsfufceptible d’amour, et qui n’a jamais eu d’autrespaffions que la douleur et la vengeance ? N’eft-cepascomme fi on mettait fur le théâtre Comélic amoureufed’un jeune homme , après la mort de Pompée ?Qu’aurait penfé toute l’antiquité, fi Sophocle avaitrendu Chryfothemis amoureufe d’ Orcjle , pour l’avoir