ACTE SECOND.
Des affronts attachés à mon humble fortune,
C’eft le feul dont je garde une idée importune.
Je n’eus que cè moment de faibleffe et d’erreur:
Je crus trouver ici le repos de mon cœur;
Il n’eft point dans l’éclat dont le fort m’environne:La gloire le promet, l’amour, dit-on, le donne.J’en conferve un dépit trop indigne de moi;
Mais au moins je voudrais qu’elle connût fon roi,Que fon œil entrevit, du fein de la baffeffe,
De qui Ion imprudence outragea la tendreffe ;
Qu’à l’afpect des grandeurs qu’elle eût pu partager,Son défefpoir fecret fervît à me venger.
O C T A R.
Mon oreille, Seigneur, était accoutuméeAux cris de la victoire et de la renommée,
Au bruit des murs fumans renverfés fous vos pas,
Et non à ces difcours que je ne conçois pas.
G E N G I S.
Non, depuis qu’en ces lieux mon ame fut vaincue,Depuis que ma fierté fut ainfi confondue,
Mon cœur s’eft déformais défendu fans retourTous ces vils fentimens qu’ici l’on nomme amour.Idamé , je l’avoue , en cette ame égarée ,
Fit une impreffion que j’avais ignorée.
Dans nos antres du Nord, dans nos ftériles champs,Il n’eft point de beauté qui fubjugue nos fens.
De nos travaux grofliers les compagnes fiiuvagesPartageaient l’âpreté de nos mâles courages.
Un poifon tout nouveau me furprit en ces lieux ;
La tranquille Idamé le portait dans fes yeux :
Ses paroles , fes traits refpiraient l’art de plaire.
Je rends grâce au refus qui nourrit ma colère;