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ACTE CINQUIEME.
Vous tenez dans vos mains plus d’une deftinée ;
Du rejeton des rois l’enfance condamnée,
Votre époux, qu’à la mort un mot peut arracher,
Les honneurs les plus hauts tout prêts à le chercher,Le deftin de fon fils, le vôtre, le mien même ;
Tout dépendra de vous, puifqu’enfin je vous aime.Oui, je vous aime encor ; mais ne préfumez pasD’armer contre mes vœux l’orgueil de vos appas ;Gardez-vous d’infulter à l’excès de fàibleffeOue déjà mon courroux reproche à ma tendrefie.
C’eft un danger pour vous que l’aveu que je fais :Tremblez de mon amour, tremblez de mes bienfaits.Mon ame à la vengeance eft trop accoutumée ;
Et je vous punirais de vous avoir aimée.
Pardonnez: je menace encore en foupirant,
Achevez d’adoucir ce courroux qui fe rend :
Vous ferez d’un feul mot le fort de cet empire ;
Mais ce mot important, Madame, il faut le dire :Prononcez fans tarder, fans feinte, fans détour,
Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour.
I D A M É.
L’une et l’autre aujourd’hui ferait trop condamnable ;Votre haine eft injufte , et votre amour coupable :
Cet amour eft indigne et de vous et de moi ;
Vous me devez juftice ; et fi vous êtes roi,
Je la veux, je l’attends pour moi contre vous-même.Je fuis loin de braver votre grandeur fuprême;
Je la rappelle en vous , lorfque vous l’oubliez ;
Et vous-même en fecret vous me juftifiez.
G E N G I S.
Hé bien, vous le voulez; vous choififlez ma haine,Vous l’aurez ; et déjà je la retiens à peine.
Y î