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E P I T R E.
Il y a encore dans cette pièce une autre nouveautéqui me paraît mériter d’être perfectionnée; elle eftécrite en vers croifés. Cette forte de poéfie fauvel’uniformité de la rime; mais auffi ce genre d’écrireeft dangereux, car tout a fon écueil. Ces grandstableaux, que les anciens regardaient comme unepartie effentielle de la tragédie, peuvent aifémentnuire au théâtre de France en le réduifant à n’êtreprefque qu’une vaine décoration ; et la forte de versque j’ai employés dans Tancrède approche peut-être trop de la profe. Ainfi, il pourrait aîriverqu’en voulant perfectionner la fcène françaife , onla gâterait entièrement. Il fe peut qu’on y ajouteun mérite qui lui manque, il fe peut qu’on lacorrompe.
J’infifte feulement fur une chofe , c’eft la variétédont on a befoin dans une ville immenfe, la feulede la terre qui ait jamais eu des fpectacles tousles jours. Tant que nous faurons maintenir parcette variété le mérite de notre fcène, ce talentnous rendra toujours agréables aux autres peuples ;c’eft ce qui fait que des perfonnes de la plushaute diftinction repréfentent fouvent nos ouvragesdramatiques, en Allemagne , en Italie , qu’onles traduit même en Angleterre, tandis que nousvoyons dans nos provinces des falles de fpectaclesmagnifiques, comme on voyait des cirques danstoutes les provinces romaines ; preuve inconteftabledu goût qui fubfifte parmi nous, et preuve de nosrelTources dans les temps les plus difficiles. C’eften vain que plufieurs de nos compatriotes s’efforcentd’annoncer notre décadence en tout genre. Je