413
ACTE QUATRIEME.
Tout eft approfondi dans cet affreux myftère.
Solamir en ces lieux adora fes attraits,
Il demanda fa main pour le prix de la paix.
Hélas! l’eût-il ofé, s’il n’avait pas fu plaire?
Us font d’intelligence. En vain j’ai cru mon cœur,
En vain j’avais douté, je dois en croire un père:
Le père le plus tendre eft fon accufateur,
Il condamne fa fille; elle-même s’accufe;
✓
Enfin mes yeux l’ont vu ce billet plein d’horreur:
PuiJJieç - vous vivre en maître au fein de Syracufe ,
Et régner dans nos murs, ainfi que dans mon cœur !
Mon malheur eft certain.
A I D A M O N.
Que ce grand cœur l’oublie,Qu’il dédaigne une ingrate à ce point avilie.
T A N C R E D K.
Et pour comble d’horreur, elle a cru s’honorer!
Au plus grand des humains elle a cru fe livrer!
Que cette idée encor m’accable et m’humilie!
L’Arabe impérieux domine en Italie ;
Et le fexe imprudent, que tant d’éclat féduit,
Ce fexe à l’efclavage en leurs Etats réduit,
Frappé de ce refpect que des vainqueurs impriment,Se livre par fàibleffe aux maîtres qui l’oppriment !
Il nous trahit pour eux, nous, fon fervile appui,
Qui vivons à fes pieds , et qui mourons pour lui !
Ma fierté fuffirait, dans une telle injure,
Pour détefter ma vie, et pour fuir la parjure.