4x8 TANCRÏDE.
Ne pourrai-je embraffer ce héros tutélaire?
Ah! ne puis-je favoir qui t’a fauvé le jour?
A M E N A ï D E plongée dans fa douleur , appuyée d’une mainfur Famé, et fe tournant à moitié vers fou père.
Un mortel autrefois digne de mon amour,
Un héros en ces lieux opprimé par mon père,
Que je n’ofais nommer, que vous aviez profcrit;
Le feul et cher objet de ce fatal écrit,
Le dernier rejeton d’une famille augulte ,
Le plus grand des humains, hélas! le plus injufte;En un mot, c’eft Tancrède.
A R G I K E.
O Ciel ! que m’as - tu dit ?A M E N A ï D E.
Ce que ne peut cacher la douleur qui m’égare,
Ce que je vous confie en craignant tout pour lui.
A R G I R E.
Lui, Tancrède!
A M E N A ï D E.
Et quel autre eût été mon appui ?
A R G I R E.
Tancrède qu’opprima notre Sénat barbare !
A M E N A ï D E.
Oui, lui-même.
A R G I R E.
Et pour nous il fait tout aujourd’hui !Nous lui raviffions tout, biens, dignités, patrie,
Et c’eft lui qui pour nous vient prodiguer fa vie!
(_Q juges malheureux, qui dans nos faibles mainsTenons aveuglément le glaive et la balance,
Combien nos jugemens font injuftes et vains,
Et combien nous égare une fauffe prudence !