T ANCEEDE,
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Nul ne peut foupçonner le delfein qui le guide.
Mais dans le même inftant je vois Aménaïde,
Je la vois éperdue au milieu des foldats,
La mort dans les regards , pâle, défigurée ;
Elle appelle Tancrède, elle vole égarée;
Son père en gémiffant fuit à peine fes pas.
Il ramène avec nous Aménaïde en larmes ;
C’eft Tancrède, dit-il, ce héros dont les armesOnt étonné nos yeux par de fi grands exploits,
Ce vengeur de l’Etat, vengeur d’Aménaïde,
C’eft lui que ce matin dlune commune voixNous déclarions rebelle, et nous nommions perfide;C’eft ce même Tancrède exilé par nos lois.
Amis, que faut-il faire, et quel parti nous relie?
L O R E D A N.
Il n’en eft qu’un pour nous, celui du repentir.Perfilter dans fa faute eft horrible et funefte ;
Un grand homme opprimé doit nous faire rougir.
On condamna fouvent la vertu , le mérite ;
Mais quand ils font connus, il les faut honorer.
' S CENE IL
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Les Chevaliers, ARGIRE, AMENAÏDE dansl’enfoncement, foutenue par fes femmes.
A R G I R E, arrivant avec précipitationi
Il les faut fecourir, il les faut délivrer.
Tancrède eft en péril, trop de zèle l’excite ;
Tancrède s’eft lancé parmi les ennemis,
Contre lui ramenés, contre lui feul unis.