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TAN CREDE.
A R G I R K.
Je reflens ton état, fans doute il doit t’aigrir;
On n’effuya jamais des épreuves plus dures.
Je fais ce qu’il en coûte, et qu’il eft des bleffureDont un cœur généreux peut rarement guérir:
La cicatrice en refie, il eft vrai ; mais, ma fille,Nous avons vu Tar.crède en ces lieux abhorré,Apprends qu’il eft chéri, glorieux , honoré ;
Sur toi-même il répand tout l'éclat dont il brille.Après ce qu’il a fait, il veut nous faire voir,
Par l’excès de fa gloire, et de tant de fervices,L’excès où fes rivaux portaient leurs injuftices.
Le vulgaire eft content s’il remplit fon devoir.
Il faut plus au héros , il faut que fa vaillanceAille au-delà du ternie et de notre efpérance :C’eft ce que fait Tancrède, il patte notre efpoir,Il te verra confiante, il te fera fidelle.
Le peuple en ta faveur, s’élève et s’attendrit ;Tancrède va fortir de fon erreur cruelle;
Pour éclairer fes yeux, pour calmer fon efprit,
Il ne faudra qu’un mot.
A M E N A ï D E.
Et ce mot n’eft pas dit,
Que m’importe à préfent ce peuple et fon outrageEt fa faveur crédule, et fa pitié volage,
Et la publique voix que je n’entendrai pas ?
D’un feul mortel, d’un feul dépend ma renomméeSachez que votre fdle aime mieux le trépasQue de vivre un moment fans en être eftimée.Sachez (il faut enfin m’en vanter devant vous)Que dans mon bienfaiteur j’adorais mon époux.