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TANCREDE,
Cette ame, qu’enflammait un courage intrépide,Semble encor s’arrêter pour voir Aménaïde ;
Il la nomme; les pleurs coulent de tous les yeux,
Et d'un jufte remords je ne puis me défendre.
{Pendant qu’il parle on approche lentement Tancr'ede vertAmèndide , prefque évanouie entre les bras de fes femmes ; ellefe dèbarrajfe précipitamment des femmes qui la foutiennent,et fe retournant avec horreur vers Lorédan , dit :
Barbares, laiflez-là vos remords odieux:
( puis courant à Tancr'ede et fe jetant à fes pieds, jTancrède, cher amant, trop cruel et trop tendre,Dans nos derniers inftans, hélas! peux-tu m’entendre?Tes yeux appefantis peuvent-ils me revoir?
Hélas! reconnais-moi, connais mon défefpoir.
Dans le même tombeau fouffre au moins ton époufe,C’eft-là le feul honneur dont mon ame eft jaloufe.
Ce nom facré m’eft dû, tu me l’avais promis;
Ne fois point plus cruel que tous nos ennemis, ■Honore d’un regard ton époufe fidelle....
( il la regarde. )
C’eft donc là le dernier que tu jettes fur elle !-
De ton cœur généreux fon cœur eft-il haï?
Peux-tu me foupçonner?
TANCREDE fe foulevant un peu.
Ah! vous m’avez trahi!AMENAÏDE.
Qui! moi? Tancrède!
A R G I R E fe jetant auffi à genoux de l’autre côté., etembraffant Tancrcde, puis fe relevant.
Hélas ! ma fille infortunée ,
Pour t’avoir trop aimé, fut par nous condamnée,
Et