ACTE CINQUIEME.
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Et nous la puniffions de te garder fa foi.
Nous fûmes tous cruels envers elle , envers toi.
Nos lois, nos chevaliers, un tribunal augufte,
Nous avons failli tous; elle feule était jufte.
Son écrit malheureux qui nous avait armés,
Cet écrit fut pour toi, pour le héros qu’elle aime.Cruellement trompé, je t’ai trompé moi-même.
TANCREDE.
Aménaïde !... ô ciel ! eft - il vrai ? vous m’aimez !
A M E N A ï D E.
Va, j’aurais en effet mérité mon fupplice ,
Ce fupplice honteux dont tu m’as fu tirer,
Si j’avais un moment ceffé de t’adorer,
Si mon cœur eût commis cette horrible injuftice.TANCREDE en reprenant un peu de force, et élevant la voix.Vous m’aimez ! ô bonheur plus grand que mes revers !
Je fens trop qu’à ce mot je regrette la vie.
J’ai mérité la mort, j’ai cru la calomnie.
Ma vie était horrible! hélas! et je la perds
Quand un mot de ta bouche allait la rendre lieureufe.
AMENAÏDE.
Ce n’eft donc, jufte Dieu ! que dans cette heure affreufe,Ce n’eft qu’en le perdant que j’ai pu lui parler!
Ah, Tancrède !
TANCREDE.
Vos pleurs devraient me confoler;
Mais il faut vous quitter, ma mort eft douloureufe!
Je fens qu’elle s’approche. Argire, écoutez-moi:
Voilà le digne objet qui me donna fa foi,
Voilà de nos foupcons la victime innocente ,
A fa tremblante main joignez ma main fanglante;
Théâtre. Tom. VJ. Ee