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SATIRE L 15SATIRE L
Amon ce grand Auteur, dont la Mufe fertileAmula fi ſong temps,& a cour& la ville:Mais qui n’eftant veſtu que de fimple Bureau,Paſſe l’efté fans linge,& Fhiver fans manteau:Et de qui le corps fee,& la mine affamée,N'en font pas mieux refairs pour tant de renommée,Las de perdre en rimant& fa peine& fon bien,D'emprunter en tous lieux,& de ne gagner rien;Sans habits, fans argent, ne fçachant plus que fai-reVient de s'enfuir chargé de fa ſeule mifcre,Et bien loin des Sergens, des Clercs,& du Palais,Va chercher un repos qu’ilne trouva jamais:Sane attendre qu’ict la Iuſtice ennemieL’enferme en un cachot le refte de la Vie;Ou que d’un bonnet verd le falutaire affrontFlérrifle les lauriers qui luÿy couvrent le front.Mais le jour qu’il païtic, plus defait& plusbleme,Que n'eſt un Penitent fur la fin d'un caréme;La colere dans Lame,& le feu dans les veux,Il diſtilla fa rage en ces triſtes adieux.- Puifqu’en ce lieu jadis aux Mẽuſes ſi commode,Le merite& l’efprit ne font plus à la mode,Qu'un Poëte , dit-il> s’y voit maudre de Dieu ,Et qu'ici la vertu n’a plus ni feu, ni lieu;Allons du moins chercher quelque ancre ou quel-que roche,:D'où jamais ni'Huiſſier , vi le Sergent n’approche,Et fans laſſer le ciel par des veux impuiffans,Mettons nous à l'abri des injures du temps.‘Tandis qui libre encor, malgré les deftinées,Mon cops n'eſt point courbé fous le faix des années:Qu'on ne voit point mes pas fous l’âge chanceler,Er qu'il refte à la Parque encor dequoy filer,C’elt-là, dans mon malheur le feul confeil à fuivre,Que George vive ici, puiſque George y fçait vivres