SATIRE III. 29
‘Arrive ſous le nom de jambon de Mayence ,Un Valet le portoit, marchant à pas contez,Comme un Recteur fuivi des quatre Facultez.Deux Marmitons crafleux revêtus de ferviettes,1uy fervoient de Maſſiers,& portoient deux aſſiet-tesL'une de champignons, avec des ris de veau,Er l’autre de pois’ verds, qui fe noyoient dansl’eau.Un ſpectacle fi beau ſurprenant l’affemblée,Chez tout les conviez la joie eft redoubléEt latroupe à binſtant, ceſſant de fredorD'un ton gravement fou s’eft mile à raiLe vain au plus miier fourniſſant des pChacun a debité fes maximes frivoles,Reglé les interefis de chaque Potentat;Corrigé la Police,& reformé l'Etat;Puis delà Sambarquant dans la nouvelle guerre,À vaincu la Hollande, ou battu l'AngleterreEnfin laiſſant en paix tous ces peuples divers,De propos en propos on a parlé de vers,;Là tous mes Sots enfkz d’une nouvelle audace;One jugé des Auteurs en maîtres du Parnafte,Mais nêtre Hoſte für tout pour la juſteſſe& FartElevoit jufqu’au ciel Theo phile& Ronſard.Quand un des Campagnards relevant fa moufta-che,Et ſon ö. à grands poils ombragé d'un penna-che,Impofe à tous filence,& d’un ton de Docteur,Morbleu! dit il, la Serre eſt un charmant Auteor:zes vers font d'un beau flile,& fa proſe eſt coulante,La Pucelle eſt encore une œuvre bien galante 5Et je ne{çai pourquoi je baaille en ja liant.Le Pais fans mentir eſt un bouffon plaifant:Mais je ne trouye rien de beau dans ce Voiture,Ma foi le jugement ſert bien dans la lecture.À mon gré, le Corneille eſt joli quelquefois;En verité pour moi, j'aime le beau François.Je ne fçai pas pourquoi l’on vante Alexandre;Ce meſt qu'un glorieux qui ne dit rien de ten-dre:Les Heros chez Kainaut parlent bien autrement
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