118 LETTRE.
M onseIeNeuR, J
Aux champs Elyſces. 2. Iuin,
Bien que nous autres Morts ne prenionspas grand intereſt aux affaires des viväs,&ne foyons pas trop portés à rire, ſe ne fçausrois pourtant m'empêcher de me rejouirdes grandes chofes que vous faites au deffus de noſtre teſte. Serieufement voſtre der.nier Combat fait un bruit de Diable auxEnfers . Il s eſt fait entendre dans un lieu oùl’on n’entend pas Dieu tonner,& a faitconnoiſtre vôtre gloire, dans un pays où
l’on ne connoiſt point le Soleil. Il et ve-|
nu ici un bon nombre dE ſpagnols qui]eſtoient,& qui nous en ont appris le détailsJe ne ſgay pas pourquoi on veut faire paſ-{er les gens de leur nation pour fanfarons.Ce font, je vous affure, de fort bonnesgens,& le Roi depuis quelque temps nousles envoye ici fort doux& fort honneſtes,Sans mentir, MONSEIGNEUR» vousavés bien fait des vôtres depuis peu. A voitde quel air vous courés la Mer Mediterra née,il femble qu’elle vous appartiènne toutentiere, Il n’y a pas à l'heure qu’il eſt danstoute fon eftenduë un ſeul Corfaire en feu-
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