CHANT PREMIER. 127
En vain vous me frappez d’un fon melodieux;Si le terme eſt inpropre, on le tour vicieux,|Mon efprit madmer point un pompeux Barbarifme»Ni d’un vers empoulé l’orgueilleux Solecifme»Sans la langue en un mot. l’Auteur le plus divinEft toujours, auoi qu’il feſſe, un méchant Ecrivain .Travaillez à loifir, quelque ordre qui vous preſſe,Et ne vous piquez point dune foile viteſſe.Un ſtile fi rapide,& qui court en rimantMarque moins trop d'efprit, que peu de jugement.J'aime micux un ruifleau qui fur la molle areneDans un pre plein de fleurs lentement fe promene,Qu'un torrent débordé qui d’un cours orageuxRoule plein de gravier fur un terrain fangeux-Haftez-vous lentement,& fans perdre courageVingt fois fur le meſtier remertez voſtre ouvrage.Poliffez-le fans ceſſe,& le repoliflez.Ajoûté quelquefois,& fouvent effacez. 3.C'eft peu qu’en un Gu vrage, oũ les fautes fourmiſlẽt-Des traits d’efprit(emez de temps en temps petillent,,II faut que chaque chofe y ſoit mife en fon lieu;Que le debut, la fin, répondent au milieu:Que d’un art delicat les pieces aſſortiesDy forment qu’un feul tout de diverfes parties:Que jamais du fujet le difcours se cartant-N'aille chercher trop loin quelque mot éclatant.Craignez-vous pour vos vers la cenfure publique?Soyez. vous à vous-mefme un fevere Critique.d’ignorance toñjours eſt preſte à s'admirer.Faites-vous des Amis prompts à vous cenfurer.Qu'ils ſolent de vos écrits les Confidens fincere;Et de tous vos defaux les zelés adverſaires.Dépotüillez devant eux l’Arrogance d’Auteur:Mais fgichez de l’Ami, diſcerner le FlateureTel vous ſemble aplaudir,qui vous raille& vous jotic,Alsez qu'on vous conietile;& on pas qu on vousUn Flateur auffi toſt cherche à fe recrier.Chaque vers qu’il entend, le fait extaſier.Tout eſt charmant, divin, aucun mot ne le bleſſe.Il trép gae de joié, il pleure de rendreſſe,H vous comble par tout d’éloges faftueux.
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