142 L’ARTPOETIQUE,
Son livre eſt d’agrémens un fertile rreſor.Tour ce qu’il a touché, fe convertit en or.Tout reçoit dans fes mains une nouvelle grace;Par tour il divertit,& jamais il ne laffe.Une heureufe chaleur anime fes difcours.Il nes’égare point en de trop longs détours.Sans garder dans fes vers un ordre methodique,Son fujer de foi-mefme& s'arrange& s'explique.Tout, fans faire d’aprefts sy prepare aiſement.Chaque vers chaque mot court à l'évenement.Aimez donc fes écrits, mais d’un amour ſiace-te,.
C'eft avoir profité que de ſgavoir s’y plaire.
Un Poëme excellent où tout marche,& fe ſuit,eſt pas de ces travaux qu’un caprice produit.jl veut du temps, des ſoins,& ce penible ouvra-
€
tamis d’un Ecolier ne fut l’apprentiffage.
Mais fouvent parmi nous un Poëte fans art,Qu'un beau feu quelquefois échauffa par hazard,Enfant d’un vain orgueil fon eſprit chimerique,Ficrement prend en main la trompette heroi-
que
Sa Mule dèreglée, en fes vers vagabons,Ne s'éleve jamais que par fauts& par bonds,Er fon feu dépourveu, de fens& de lectureS'eflein à chaque pas faute de nouriture,-Mais en vain le Public promt à le méprlerDe fon merite faux le veut deſabuſer:Lui-mefine applaudiſſant à fon maigre genie,Se donne par fes mainsl’encens qu’on lui denie.Virgile au prix de lui n’a point d'invention,Homere n’entend point la noble fiction.Si contre cet arreſt le ſiecle fe rebelle.A la poſteritẽ d'abord il en appelle.Mais attendant qu’ici le Bon ſens de retourRamene triomphans fes ouvrages au jour,Leurs tas au magazin cachez à la lumiereCombattent triſtement les vers& la pouſſiere,raiſſons- les donc entre eux s’efcrimer en repos,Et fans nous égarer fuivons noſtre propos.
Des fuccez fortunez du ſpectacle tragique,