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Tome huitième
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224 LETTRES DU ROI DE PRUSSE

-qui s’intéreffent à fa mémoire; mais il ferait étrange

1 "8o. q lle l e gouvernement, qui n’aime pas les prêtres;quoiqu’il les craigne; confentît à cette indignité, etje ne fauràis le croire.

Ces prêtres, Sire, que V. M. méprife , parcequ’elle n’en a rien à craindre, ont ici de puilfansprotecteurs , et font plus acharnés que jamaiscontre le progrès de la raifon et des lumières. L’ou-vrage le plus indifférent à cette vermine par fon objetlie faurait paraître au jour, s’il n’eft permis parlesprêtres ou par leurs fuppôts ; car la balfefle et lafaim leur en font trouver parmi les gens de lettres.Cette inquifition enchaîne et glace tous les efprits;les injures qu’on vomit dans les chaires contre laraifon et contre fes défenfeurs , injures qui font ap-puyées par des magiftrats imbécilles ou fanatiques,achèvent d’avilir et de décourager ce qu’il y a deplus éclairé et de plus eftimable dans la nation. Jene parle point de ce malheur pour mon propre inté-rêt; je fuis plutôt fpectateur que patient dans cettegalère, où je me tiens les bras croifés, bien j-éfolude ne plus rien imprimer, fi j’imprime jamais, quedans un pays où la vérité puilfe s’exprimer libre-ment , fans offenfer ni le roi, ni l’adminillration,ni les mœurs , ni l'honneur de perforine. Mais jevois tant de gens de lettres fouffrir de cette perfé-cution, et de cette inquifition abominable, que jene puis m’empêclier de les plaindre, quoique je nepartage pas leurs peines; à peu près comme un vieilamant prend toujours intérêt au fort d’une anciennemaîtreffe qu’il a tendrement aimée. Heureux, Sire,les hommes qui peuvent comme vous commander à

l’opinion,