356 De la Cofinographie
patrimoine& revenu& demeurêt en leurs maifons,toutesfois ilz s’addonnêt prefiqué tous‘à la chafle,& difent qu’il n'appartient qu’à eulx de chafter,& qu’ilz ont cefte liberte de longvfage,& depriuileges donnes,La challedeslièures,& principalemérdes cheureux,biches& cerfz;eltdeffendue enaulcunslieux foubz peine d’auoir les yeux creuez,& en d’aulcresfoubz peine d’avoir lateftetrenchée:mais quantaux beftesnuyfibles,ileft permis à chafcundeles prendre.D'avantageles nobles vivent opulemment, ilz font veftuz pompeufementtantles hômes que les femmes, ornez d'or& d'argét,& de draps de foye de diuerfes coleurstant en leurs maifons que dehors.llz vonttoufiours accôpaignez de grand nombrede feruiteurs,& cheminent fi gravement& d'vnefaçonfi pofée,qu'on les peut facilementéognoiftre à lcur Marcher,& difcerner des aultres.>’il fault aller yn peu loing, ilZ n'ont garded’allera pied,maisilz montent à cheual,carilz penfent que ce leur feroit vn grand deshonzneurs'ilz faifoyentaultremét,& vn figne de grande pouurete.Mais aulcuns n'ont pointdehonte de brigander,quäd la necefsite les preffe,llz demandéc peufouuÉcreparationdes iniures qui leur ont efte faictes,par droictou iuftice,mais affemblérz grande copaigniede leursamys,familiers& parentz,{lz fe vengent euix mefines par glaiue, feu&rauiliementz,&par ce moyen côtreigent ceulx qui leur ont faict quelque dommage, de faire reftitution.Cefontgentz pourla plus grand part diffoluz,fansrepos,preffantz les payfans d’vne feruitu
La facon 5 de intolerable,ettourmentantzmiferablemétles poures.Letroifiefmeeftaceft des gentz de
tonstumes desgenizde uilles
ville,éntre lefquelz aulcuns font feulemêt fubiet= à l’empereur, aulcüs aux princes oupre-larzecclefiafticques. Ceulx qui font fubietzà l’empereur,ont beaucoupde libertez,ilz ontaufsi des mœurs& couftumes,defquelles ilz vfent prefque en commun, Tous les ans ilzcréentvnmagiftrat du nombredes citoyës à la pluralite des voix,lequel a fouueraine puif/fance,& mefme il peult punir de mort vn chafcun qui aura offenfe,& voicy côment.s'ilelt
ueftionde crimes,les confeilliers que la villea esleuz, fontafsis en fiegeiudicial,les malfaideurs font amenez liez deuant eulx,& là eft donne conge de parlertanc aux accufateursqu'aceulx qui fonc la pour deffendre ceulx qui font accufez:les parties ouyez les iugesdonnent leur fentence, non pas felon que lesioix enprononçent, lefquelz ilz ne cognoif>{ent point:mais felon que la raifon les confeille,& que la couftume des lugemés le porte,cequi eft aufsiobferue es caufes ciuiles,excepte qu'en icelles on peult appeller devant l'empe
Deux fortes teur, nô pointes caufes criminelles. Prefqueen toutes les villesimperiales il y adeux forde citoyens cs tes de citoyens,les vns font de franche côdition ou patrici€$,les aultres font mechanicques,willes imperia Les dernierss applicquent au faict de marchandife& à dreifer quelque bouticque,mais les
premiers fe côtentantz de leur patrimoine& reucnu, vivent côme gentz nobles, Si queleundes mechanicques eft deuenu riche,& que par ce moyen il s'efforce de s’accointer auec lesaultres,ou fuyure leur côpaignie,il eftrepoutfe. Touresfois l’adminiftration dela republicque eff prefque commune à tous& permifeaux vns& aux aultres,& le commun populairen'eftpointfubietaux plus grandz oupatriciens, Vn chafcun poffede fon bienen feurte&tiberce,pourueu toutesfois que les loix ne foyent pointenfreintes,au demeurant ilz viventcomme ilz veulene.Et quant à la iuftice,elléeft adminiftree prefque par toute l’Allemaignepar gêtz indo“es.En vnechafcune ville&en quelques villages on eslit pour iuges douzehommes debonneechonnefteviefansregarder s'ilz font gentz fçauantz ou nô.Les homs
L'habit des mes s’habillent communement delaine,& tes femmes de toille, mais il y a vne celle dis
uetfite es vns&aultres quant à la coleur& façon, que bien peu fouvent en trouvera ondeux habillez l'vn comme l'aultre, 1z prennent plaifir maintenant à s’acouftrer à la façondes eftrangiers,& principalement des Italiens& François,& n’ya pas long temps que felon la mode d'iceulxles hommes portent des efcarpins,les manches de leursrobbes decouppees,les chauffes defchicquettées,& des petitz bonetz. De mon cemps quêd l’eftoye ieuneenuiron l'an 1497.les vieilles gentz portoyent des fouliers a la poleine,des robbes courtes&efiroites,des chaperons dlogue queuë,lefquelz on appelloitaupres dela ville de Mayence Kogeln. Mais cefte frugalite& fimplicite des hommes elt paruenu aufourdhuy auxfemmes, Lefquelles ayantz lailfé ces grandz couurechefz qu’on fouloitporter ancienne,ment, lefquelz auoyent beaucoup de pliz& rebrafTementz,, en forte que cela leur faifoit[atefte longue& grande,enlieud'iceulx en portent auiourdhuy de fimples,&cheminent plusmodeftement. Aulcunes s’habillentauiourdhuy allez modeftement, excepre que le defus
des