1358 Dela CofmographieDes deux isles l’vne defquelles Colon Gene-
uoisnomma lalehanne,&l'autre Hefpaignole,
Vand Colon fuft venu à l’isle qu’il nomma la[ehanne,il ouyftinfiniz chantz d’oy{eaux,& principalement de plufieurs roflignolz, qui voletoyent par des foreftzefpeffes,voireaumoys de Nouembre.l] trouva aufsides ritieres fort claires,et debon gouftàboire,des grâs portz& excellens.,Etcommeil n’auigeoit pres du bord“tn de cefte villepar la conduictedu vent{oufflant du cofté du foleil couchant,& netrouuvoit point de fin,il penfa que ce fuft terre ferme: pour cefte caufeildelibera dere-courner,commeaufsila merefmeue lepouffoit.!1feit donc tourner fa nauire vers l'Orient,& s’en vintà vne isle, laquelle fuit depuis appelleel Hefpaignole,& ainfi qu’il approchoitdelaterre,luy& fes compagnons furent apperceuz des habitans de cefte isle,lefquelz sensfuyrenttoutfoudain dedäs des foreftzefpeifes. Mais Chriftofle Colon et fes gens les pourfuyuirentala trace& empoignerent vne femme.llzlamenerent enlanauire,& luy feirentfairegrand chere,& remplir de vin& de viandes,puis l’habillerent brauement,& la laifTezrétaller.Car ces gens la vont tout nudz,& nefauët que c’eftdedelices ou honnetteté civile:Lafemmeferetira vers fes gens:& les autres la voyans.ainfi brauement accouftr ee furentefmeuzde la liberalité qui luy auoit efte faite,& accoururent par trouppes.& grans bandesfufques aubord de la mer, portans de l'orauec eux, lequel i1z donnoyent en efchange pourdes voirres& potzde terre: par cela monftrahs combien grand conte ilz tenoyent de l'or,enle donnant pour chofes defi petit pris, Apres donc qu'ilz eurent contractéamitie enfem-ble,les Hefpaignolz commencerent'a diligemment confiderer leur vie& fa con de faire,cogneurent qu'ilz auoyent vnroy.Ainfii1z entrerent plusauant dedans l’isle,&leroy lesrecucillifthonnorablemét.Or ilz vifiterétleursmaifons,& les veirent bafties d'ynefaçonmerueilleufe fans aucun ferrement. Carilz n’ont point de fer eh forte quece foit: enlieud’iceluy ilz ontdes pierres aiguyfoires,& d'icelles fcientet creufent les bois,
Des Canibales mangeurs de chairs humaines.
R ce que ces infulaires s'enfuyret premiérement de deuantles Hefpaignolz, fuitpource qu'ilz penfoyêt que ce fuifét desCanibales, qui font peuples inhumainstplufque brutaux, lefquelZ entre autre s viandesdelicates mangent les chairs humaines, Les Her{paignolz les auoyent palez, les laiffansducoftéde midy. Ainfi ces pouresinfulaires fepleignoyétaux Hefpaignolz des mœurs cruelles de ces Cantbales, leur remonftrans que ces beftes goulues n°: exerçoy@tpointmoins de cruauté enuers eux quefait vntigre ou vnlyonenuers vne befte douce&
A qui n'ayët pointencore de barbe, ilz leur arrachéeles tefticules,toutainfi qu’on fait par deça aux ieunes coqs, lefquelz on veut chapponner,&les engreffent.Et quant à ceux qui portent barbe, ilz les tuent fur lechamp:& apres qu’ilzles ont fenduz par le milieu,ilz prennent leurs trippes qui font encore frefches,& lesman-‘gent:ilz en font autant des parties extremes:mais ilzmertent par pieces les autres membres,& les falent& gardent, comme nous faifons icy fauciffes& iambons.llz ne mangent po-
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incles femmes: mais les gardent pour auoirlignee, comme nous gardonsles poulles pour
auoir des œufz.S'ilz rencontrent vne vieille;ils’enferuentcommed'vneefclaue. Quanddonc les Canibales abordent en quelque part,les habitans des isles s'enfuyent,& combienqu'ilzs'aydentd'arcz& de flefches,toutesfoisilzn'ont pas fi/grâde puiffance,qu'ilz puitfentrepoufler ces monttres.Des
paifible.Cars'ilz peuuëtempoigner de ieunes g&s.