( II )
caché ou confondu dans ce qu’on appelle improprement aujourd’hui le fondsd'amortijfement, eft balancé par des Emprunts, en forte que le gage des créan-ciers eft véritablement imparfait.
Sur le Crédit public.
Il fembleroit, au premier coup-d’œil, que le tableau confolant que jeviens de mettre fous les yeux de Votre Majesté, fuffiroit pour écartertoute idée d’embarras & pour fe livrer à la plus parfaite tranquillité ; mais telleeft l’importance & la nccefiîté du Crédit dans les temps extraordinaires, queû ce Crédit n’exiftoit pas, que s’il étoit circonfcrit dans de trop juftes bornes,les difficultés s’éièveroient de toutes parts, & la confufion pourroit naître àcôté du meilleur état des Finances.
En effet, on voit bien qu’une exaéte balance entre les revenus & lesdépenfes , eft tout ce qu’il faut à un royaume qui jouit du bonheur de lapaix ; il n’eft point obligé de recourir à des Emprunts, puifque fes revenusfuffifent à fes befoins , & la confiance publique pourroit, en quelque manière,lui être indifférente : mais la guerre contraignant à chercher des fecours ex-traordinaires , il faut trouver des capitaux pour y fuffire ; & comme les cir-. conftances font impérieufes, fi le Crédit manque, les embarras naiffent, unepremière opération forcée en entraîne d’autres, les befoins du moment luttentcontre la juftice du Souverain, l’Adminiftration fe trouble, & les effets dudiferédit, peuvent quelquefois rexTembler momentanément, au défordre & àla fubverfion entière des Finances.
Mais fi le maintien du Crédit eft intéreflànt pour les créanciers de l’État,s’il importe à, la puiffance du Souverain , il eft également précieux aux Con-tribuables, puifque c’eft par le crédit qu’ils font préfervés de ces tributs au-deffus de leurs forces, que la néceffité commanderoit, peut-être, & malheu-reufement au milieu des circonftances où les peuples ont le plus befoin deménagement, puifque déjà la guerre elle-même eft une forte d’impôt, parla ftagnation du Commerce & le ralentiffement du débit des productionsnationales.
Sans doute, le Royaume de Votre Majesté eft de tous ceux del’Europe , celui qui réunit le plus de facultés pour fubvenir à ces Impôts
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