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extraordinaires & paffugers ; mais malgré cette fupériori'té, ce n’eft-là qu’uneFoible reffouree à côté de celles que peuvent préfenter le crédit & la con-fiance, quand ccs moyens fubfiftent dans leur vigueur.
J’obferverai même que lorfque l’état des Finances eftun objet d’obfcuritéprofonde, & qu’il faut pourvoir à Cent cinquante millions de dépenfes ex-traordinaires , ce n’eft pas, je crois , une chofe bien vue , que d’établir Vingtou Trente millions d’impôts de la nature de ceux qui, finiflàntavec la guerre,ne font pas applicables aux gages des Emprums : car ces levées paffagères nebalancent pas le tort qu’elles font au Crédit; le Public, faute de connoif.fance fur la fituation des affaires, envifige alors ces Impôts comme un lignaide détreffe ; & au contraire, tant qu’on n’a pas recours à cette relfource, &qu’elle fait, pour ainfi dire, un corps de réferve, la mefure en eft incon-nue , on l’exagère en idée, & les efprits font moins agités : Et c’elt ainfique le myftère & l’obfcurité fur l’état des Finances obligent le Gouverne-ment à ménager fans ceffe l’imagination , & à mettre une partie de fa forcedans les apparences ; au lieu que la clarté & la franchife n’ont befoin quede parler à la raifon, & donnent à la confiance un foutien plus fidèle & plusaffuré.
C’eft pour avoir fuivi conftamment de pareilles maximes que l’Angle-terre trouve encore à préfent jufqu’à Trois cents millions dans une année, &qu’elle déploie une fournie d’efforts & de puiffance, qui n’eft dans aucuneproportion avec fes richeifes numéraires & fa population.
Jamais donc on n’a pu connoître d’une manière plus frappante qu’au-jourd’hui de quelle importance eft le Crédit public ; l’introdudlion de cemoyen de force n’eft pas très-ancienne, & il eût été à defirer peut-être pourle bien de l’humanité qu’on ne l’eût jamais connu. C’eft ainfi qu’on a pu ratfembler dans un inftant les efforts de plufieurs générations, & c’eft ainfi qu’enaccumulant les dépenfes on a porté les Armées aux- extrémités du monde &qu’on a fu joindre la dévaftation rapide des climats brûlans, à tous les mauxanciens & multipliés de la guerre.
Quoi qu’il en foit, ce nouveau genre de rivalité, ce nouveau moyende domination une fois introduits , il importe à la puiffance d’un Souverainde l’obtenir & de le ménager, 'ainfi qu’il eft obligé d’entretenir de grandes