D ES M Œ U R S. 57inenter soi-même pour se faire une peinsdes avantages d’autrui, & pour tournercontre foi ce qui leur est favorable. C’estcependant ce que fait l’envieux : il s’af-flige de ce qui réjouit les autres, & feréjouit de ce qui les afflige. Combienn’en voit-on pas qui, fâchés même dela bonne opinion que certaines person-nes ont d’elles-mêmes , & jaloux de lasatisfaction qu’elles goûtent, ont un plai-sir malin à les détromper & à leur faireperdre cette idée qui les flatte & qui nenuit à personne ! Combien ont l’ameaisez mal-faite, pour envier aux autresjusqu’aux plaisirs les plus nécessaires & lesplus innocens !
Le Duc de Lauzun ayant été mis enprison par ordre de la Cour, avoir trouvéle secret de s’amuser avec une araignée,qu’il avoit rendue familière. Elle venoitmanger sur sa main, & s’en retournoitensuite à un trou où elle avoit tendu satoile. Elle étoit devenue grasse, rebon-die , & faisoit tout le plaisir du Duc deLauzun. 11 la montroit un jour au Gou-verneur de la Citadelle où il étoit détenu,& il la laissa aller à terre. Le Gouver-neur écrasa l’insecte avec une joie ma-ligne. Le Duc en fut outré. Dès qu’ilfut sorti de prison, il se plaignit au Roide l’action du Gouverneur qu’il appelabarbare. Le Roi jugea qu’un homme