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L’ É C O L E
XIV.
Sans être fami ier , ayez un air aisé.
Cet air aisé, qui annonce la belleéducation, s'acquiert, ainsi que la poli-tesse, plus par l'usage du monde & enfréquentant les bonnes compagnies, quepar les leçons & les discours. Il y en aqui l’ont naturellement, & qui fans artont des grâces infinies dans tout ce qu’ilsfont : chez eux, tout est aisé, tout coulede source. Il y en a d’autres, aü contraire,qui font naturellement gênés, embarras-sés, timides : ils ne savent ni parler ni setaire, ni faire ni recevoir une honnêteté.Ils ont un air gauche & pelant, quidépare tout ce qu’ils font.
Il n’est pas facile d’acquérir l’air aisé,quand la nature ne l’a pas donné : maisil vaut mieux rester ce qu’on est, qued’affecter ce qu’on n’est pas. Souvent envoulant paraître plus agréable, on n’enparoît que plus ridicule. Les grâces même,dès qu’il y entre de l’affectation, cessentde l’être.
il n’est pas moins difficile d’ôter latimidité. Elle ne se corrige guere parde simples avis ; on y réulfira encoremoins par des railleries & des reproches.